Publié : 26 novembre 2015

Première ES 2014/15 : Le projet MAUTHAUSEN

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ON EN PARLE ....

Article Paris Normandie (8 Février 2015)

Les autres articles sont ICI

Ressources CANOPE (avec la vidéo de la déambulation des élèves).

ORIGINE DU PROJET

Le réseau CANOPE (ex-CRDP) et l’Amicale de Mauthausen ont sollicité le lycée Thomas Corneille de Barentin pour participer aux commémorations de la libération du camp de Mauthausen en mai 2015.

CANOPE prépare une plate-forme multimédia à destination du monde de l’éducation sur « la mémoire des camps » et, pour ce faire, s’appuie sur l’expérience et les témoignages d’enseignants et d’élèves. Il se trouve que Monsieur Laude, professeur d’histoire-géographie au lycée Thomas Corneille, a participé avec ses élèves il y a dix ans à ce type de voyage, en partenariat avec l’Amicale de Mauthausen. Fort de cette expérience, le lycée a donc accepté de participer à ce projet qui conduira deux classes de Première à participer aux célébrations du 70ème anniversaire de la libération du camp de Mauthausen. Monsieur Laude, toujours en exercice dans l’établissement, a pris la responsabilité du projet.

OBJECTIFS

La participation des élèves aux commémorations officielles de la libération du camp de Mauthausen est l’aboutissement d’un projet pédagogique et citoyen portant sur deux classes de Première ES.

Celui-ci guidera le travail pédagogique dans plusieurs disciplines pendant toute l’année scolaire 2014/2015. Notre ambition dépasse donc celle d’un simple voyage scolaire ; elle porte un double objectif :

La formation du citoyen :
. A travers la notion de devoir de mémoire qui doit pleinement prendre sens à travers ce projet. Au-delà, la période de la deuxième guerre mondiale permet aussi d’interroger un certain nombre d’enjeux du monde actuel (tolérance et exclusion, valeurs démocratiques, etc.).
. Par la participation et l’implication directe de l’ensemble des élèves, qui seront les représentants de la France lors des cérémonies. Il s’agit là d’une vraie responsabilité civique.

Une pédagogie par projet :
. Organiser le travail pédagogique de l’année scolaire dans plusieurs disciplines autour de ce projet, c’est donner du sens et de la cohérence aux apprentissages, notamment par le caractère transdisciplinaire du travail mené et par le fait de « connecter » les savoirs à la réalité. Un tel projet permet de décloisonner les disciplines et de faire appel à des ressources extérieures à l’école : intervenants spécialistes de la Shoah et de l’Autriche, témoins, visite au mémorial de la Shoah à Paris, etc.
. Le travail mené dans le cadre de ce projet doit donc favoriser la réussite scolaire de nos élèves, parce qu’il est source de motivation et permet de travailler autrement. Il favorise aussi l’ouverture culturelle de nos élèves qui sont souvent issus de milieux modestes bénéficiant d’un accès assez limité à la culture au sens large.

MISE EN OEUVRE

Préparation :

Le travail des élèves tout au long de l’année, dans les différentes disciplines d’enseignement, s’organise dans la perspective de ce voyage de manière à ce qu’ils en soient partie prenante et s’y investissent. Les actions envisagées sont multiples :
. Travail pédagogique en histoire, lettres, allemand et espagnol ; intervention des professeurs de philosophie sur les questions en lien avec le devoir de mémoire ;
. Travaux Personnels Encadrés et travaux d’Education Civique Juridique et Sociale en relation avec le camp de Mauthausen ;
. Participation des élèves aux Concours National de la Résistance et de la Déportation ;
. Travail de préparation aux cérémonies à Mauthausen (textes, chant, danse, etc.).
. Conférences d’intervenants extérieurs : historiens, témoins, etc.
. Visite du mémorial de la Shoah à Paris

Déroulement du voyage :

Deux classes de 1ère ES, soit 59 élèves, accompagnés de 5 professeurs, participent au voyage qui se déroulera du 7 au 11 mai 2015, soit trois journées sur place.
. 8 mai : Visite du camp principal de Mauthausen avec l’Amicale ;
. 9 mai : Visite du château d’Hartheim, centre d’extermination. Cérémonie organisée par les élèves du lycée Thomas Corneille au camp principal de Mauthausen.
. 10 mai : Participation des élèves aux célébrations internationales pour le 70ème anniversaire de la libération du camp de Mauthausen. Visite du camp annexe de Gusen.

Restitution :

Au niveau du lycée d’abord, nous souhaitons que l’expérience des élèves soit le plus largement partagée, notamment sous la forme d’une exposition et d’un film, diffusés auprès des élèves et des familles, mais aussi de l’ensemble de nos partenaires (CANOPE, Amicale de Mauthausen, financeurs, mécènes). Ce sera l’occasion d’une grande soirée de présentation des travaux réalisés par les élèves tout au long de l’année et de témoignage des élèves au retour de Mauthausen.
Il est par ailleurs déjà prévu que la Journée des Arts qui a lieu chaque année au lycée ait pour thème l’an prochain la notion de « TRACES », en lien avec le projet de voyage à Mauthausen (arts plastiques, audiovisuel, théâtre, danse, photographie).

ACTUALITE DU PROJET

Jeudi 15 octobre 2014 : Equipe de tournage de CANOPE vient filmer les élèves.

Début janvier 2015 : Expo de photos du camp de Mauthausen, prêtée par l’Amicale

Atelier d’écriture avec une auteure dont l’oeuvre est centrée sur la question de la déportation et de la mémoire des camps

Visionnage de l’avant première d’un film qui a pour sujet la mémoire de la résistance et de la déportation.

Elaboration par les élèves de la prise en charge de la commémoration de la libération du camp (70ème anniversaire) qui aura lieu le 10 Mai 2015 devant la délégation française.

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TEMOIGNAGES

Voici quelques exemples de textes écrits par les élèves de 2005 pendant la phase de préparation du voyage à Mauthausen :

« Ce voyage en Autriche représente beaucoup plus qu’un voyage scolaire ; en effet, c’est pour moi une chance inédite de pouvoir découvrir ce lieu de mémoire (…) Un lieu chargé d’émotion, de mémoire, qui va me permettre de mieux comprendre ce qui s’est réellement passé, et ainsi pouvoir transmettre un jour le souvenir de ce voyage à mes proches. (…) Il y a aussi le fait de représenter mon pays, la France, lors de cette commémoration ; en effet seul une centaine de lycéens français auront la chance d’être présents ce jour-là ».

« C’est un devoir de mémoire et en participant aux commémorations on pourra faire part de notre expérience à nos enfants plus tard et aux autres personnes qui nous entourent ».

« (…) C’est à nous d’y aller, de les représenter (la population) et de faire passer ce message, ces circonstances, afin de ne jamais oublier, c’est à nous de relater ce qui s’est passé et d’en faire part aux autres ; nous serons en quelque sorte les témoins de ces commémorations et nous aurons comme devoir de le faire passer à la société actuelle et aux générations suivantes. Enfin, avant tout cela, ces commémorations sont pour moi une pensée extrêmement forte pour toutes les personnes mortes que ce soit pour leurs origines ou au combat. »

« En allant aux commémorations, on rend hommage aux déportés et on leur promet en quelque sorte de ne jamais oublier, mentir ou ignorer ce qu’ils ont vécu. »

« Le fait d’aller en Autriche pour les commémorations de la libération du camp de Mauthausen est pour moi une expérience très intéressante. Cela va pouvoir permettre aux anciens déportés de « passer le message » à nous, les jeunes. Ces commémorations vont aussi rassembler des gens de nombreux pays dans un esprit de fraternité face aux horreurs qui ont eu lieu dans le camp. C’est un honneur pour nous d’avoir la chance d’assister à cet hommage, de pouvoir accompagner les anciens déportés et de pouvoir encore les écouter. »

« Un grand merci aux anciens déportés qui font chaque année face à leur passé. J’espère que les lycéens seront attentifs, disciplinés car ces personnes méritent vraiment qu’on leur fasse honneur. »

« Ce sera un moment de partage entre ceux qui ont vécu cette souffrance et ceux qui ont eu la chance de ne pas vivre ce drame. Nous, la jeunesse, nous nous devons de rendre hommage aux déportés disparus ainsi qu’à ceux qui ont survécu. Car dans les années à venir, c’est nous qui pourront témoigner de ce drame vécu par les déportés. »

« Assister aux commémorations de la libération du camp de Mauthausen va faire de nous des « transmetteurs » de mémoire. Nous allons être confrontés aux lieux ou s’est exaltée l’horreur nazie (…) Lorsqu’il n’y aura plus d’anciens déportés pour témoigner de ce qui s’est passé dans ces camps, nous pourrons dire que nous avons fait face à ces lieux de mémoire, nous avons pu ressentir la détresse et l’émotion de ces anciens déportés et ainsi transmettre un témoignage pour que l’on oublie pas ce qui s’est passé là. »

« Pour moi ce voyage représente le moyen le plus significatif de rendre hommage aux déportés qui ont vécu durant la seconde guerre mondiale dans des conditions ignobles. C’est aussi, pour moi, un moyen de montrer l’importance qu’a l’histoire dans notre vie ; cela nous permet d’avancer tout en connaissant notre passé. Cela nous permet d’appréhender autrement la politique et d’éviter que cela ne recommence. Je pense en outre que le fait de participer à cette commémoration me permet de me rapprocher des personnes qui ont vécu la guerre ; et de mieux les comprendre afin d’être à mon tour un jour une source de transmission du passé dans les années futures. Car des hommes et des femmes comme M. Vinurel ont connu cette époque et il est important de ne pas les oublier, de se souvenir afin de perpétuer leur mémoire, leur histoire. (…) A nous de ne pas décevoir et de transmettre ; car nous sommes les derniers à avoir été en contact avec eux. »

« Cela fait maintenant soixante ans que les camps sont libérés ; il ne reste donc plus que quelques personnes ayant vécu cela, et c’est important que des gens comme nous continuent à passer, à refaire vivre en quelque sorte cela pour que personne n’oublie. Certes nous ne connaissons pas les odeurs, les horreurs, mais l’important est de raconter tel que les déportés nous l’ont raconté pour que cela ne se reproduise pas. »

« Je trouve cela bien de participer aux commémorations, c’est une occasion inouïe de représenter la France mais c’est aussi une occasion de rendre hommage à tous les gens qui ont souffert et qui sont morts. J’appréhende tout de même la façon dont tout ceci va se passer, au déroulement notamment. Je pense que ça va être quelque chose de très touchant dont on se souviendra toujours. »

« C’est une chance unique car nous faisons partie de ceux qui vont avoir entendu des témoignages de déportés, et notamment sur place. Même si nous ne pouvons transmettre leur histoire comme eux le font, nous pourrons tout de même tirer des leçons de ces événements, et en faire partager les autres. D’autre part, ce qui va être aussi intéressant c’est qu’un certain nombre de pays et de cultures vont partager ensemble cette commémoration. »

« C’est une grande responsabilité que d’être présent à Mauthausen car c’est être témoin, reconnaître ce qui s’est passé. Notre présence à la célébration du soixantième anniversaire de la libération du camp est donc une implication dans notre passé, elle prouve que nous sommes prêts à recevoir et à transmettre pour que ce passé ne se reproduise jamais plus. Ce voyage va nous permettre de prendre conscience que ce qui n’aurait jamais du exister existe et que l’on est jamais à l’abri de nous-mêmes. Cette commémoration doit donc nous impliquer encore plus fortement. »

« Assister aux commémorations est pour moi, ainsi que mes camarades, un acte, un devoir de mémoire essentiel dans lequel nous nous engageons et participerons afin d’être des passeurs de mémoire et ainsi ne jamais oublier et « bannir » ce … ! Le mot est introuvable... Nous sommes très fiers de représenter la France à ces prochaines cérémonies et attendons avec impatience ce moment unique et certainement très difficile pour nous mais surtout pour ces hommes et ces femmes qui ont survécu, et vont être, encore une fois, confrontés à la réalité douloureuse et nous serons là, nous jeunes passeurs de mémoire, pour ne pas oublier et rendre hommage. »

« Pour moi, je pense que cette découverte de ce qu’ont vécu nos parents, nos oncles, tantes, grands-parents, est essentielle pour comprendre la vie de nos jours et ce qui s’est passé il y a plus d’un demi-siècle. Ce voyage à Mauthausen est « une chance » de participer et d’entretenir la mémoire de ceux qui ont vécu ces horreurs avec d’autres nombreux jeunes de l’Europe qui ont eux aussi connu cette histoire dans leur famille. »

« Le rôle des déportés est important car c’est eux seuls qui détiennent la réalité ; après eux il ne pourra y avoir pour transmettre que ceux qui ont écouté les déportés (…) De se rendre compte que derrière la masse du nombre de morts se cache un individu, une famille, une vie… (…) Aller à Mauthausen montre aussi la France et l’image qu’elle veut donner d’elle : une France engagée qui ne veut pas que ça recommence. »

« Participer à une cérémonie officielle avec les déportés car c’est sans doute la dernière décennie à laquelle ils participeront. Car c’est grâce à leurs témoignages que l’on peut se rendre compte de ce qui s’est réellement passé dans les camps. Pour eux c’est comme « un devoir de mémoire » car ils ne veulent pas que leur histoire, que l’histoire sur le plus grand génocide du monde, s’éteigne avec eux. Ce n’est pas parce qu’ils ne seront plus là pour raconter leur histoire qu’il faudra oublier ce qu’ils ont vécu. Ensuite cela sera à nous de raconter leur histoire à leur place. »

« Pouvoir participer aux commémorations de Mauthausen permet d’une part de pouvoir rendre un hommage à toutes les victimes qui ont vécu cette période noire de l’histoire. Pouvoir être sur les lieux où des milliers de personnes innocentes ont souffert et ont été tuées, va pouvoir nous permettre de mieux comprendre et surtout de pouvoir ressentir des émotions très fortes et uniques. Le fait que ce soit notre génération qui soit là-bas sur place peut être aussi quelque part une sorte d’honneur. En effet, ce sont des personnes de notre âge qui vont d’ici quelques années représenter notre société, et donc pouvoir ainsi continuer à ne pas oublier cette époque. »